Mouvement International ATD Quart Mondr
95480 Pierrelaye (France)

 

 

La Charité et le Volontariat au IIIème Millénaire

 

Le Père Joseph Wresinski (1917-1988) a révélé que les très pauvres attendent un Volontariat particulier, né en terre de  misère et fidèle aux intuitions des familles vivant dans l’extrême pauvreté et l’exclusion. Ces familles très pauvres l’ont conduit à fonder un Volontariat permanent ouvert à tous pour rejoindre le refus de la misère de ceux qui la subissent et la combattre avec eux.

Issu  du monde de la misère, Joseph Wresinski est resté fidèle toute sa vie aux familles qu’il avait d’abord rencontrées dans le Camp des Sans Logis à Noisy-le-Grand (France) et qu’il a par la suite rencontrées dans le monde entier.

Ce qui frappait en premier, dans ce bidonville de Noisy-le-Grand, c’était la misère et la souffrance des familles. Elles étaient seules et sans espoirs véritables, comme abandonnées de tous. Bien sûr des gens extérieurs au Camp  venaient de temps en temps distribuer des secours de toutes sortes, mais quand ils venaient, ils s’en allaient avec les plus dynamiques, les mieux présentables, les plus courageux,  ceux qui n’étaient pas encore trop marqués par un long état d’abandon. Et ils partaient avec eux le plus loin possible du monde de la misère, pour qu’ils n’y retombent jamais. Mais sur place, ils laissaient des familles de plus en plus désemparées, de plus en plus pauvres, de moins en moins dynamiques, de moins en moins respectées et respectables.

Si Joseph Wresinski  a d’emblée fait appel à l’engagement de tous, quelles que soient leurs convictions philosophiques et spirituelles, pour lui, prêtre de l’Eglise catholique,  il  importait de montrer à ces familles totalement méprisées que Dieu ne les abandonnait pas, que quelques personnes venaient se joindre à elles, qu’elles ne devaient pas perdre tout courage ni toute dignité. Il savait par expérience que les très pauvres, comme toute personne, ont besoin de spiritualité pour vivre,  ont besoin d’être encouragés, soutenus.

Joseph Wresinski a  donc rejoint en 1957 ces familles abandonnées, allant habiter au milieu d’elles, décidé à les rejoindre toutes, y compris et surtout celles qui étaient les plus exclues même par leur entourage. Il n’avait rien à leur offrir sinon lui-même, ses mains, son cœur, sa prière et sa foi. Il s’est donné tout entier.

La fraternité et la charité des plus pauvres

Il a  aussi relevé  tous les gestes d’amitié et de miséricorde qui existaient déjà au sein de ces familles si démunies. Des gestes très nombreux qui étaient de vrais élans du cœur mais qui aboutissaient rarement,  faute de moyens, faute de durée. Ces gestes étaient bien peu connus à l’extérieur, bien peu reconnus, même par leurs propres auteurs. Souvent il fallait se mettre à genoux pour les voir.

Peut-être ce troisième millénaire sera-t-il celui de la redécouverte, à la suite du Père Joseph, qu’un volontariat existe, depuis toujours, en terre de misère. Qu’il s’y déploie. Les premiers à poser des gestes pour faire cesser les conséquences de la misère chez les autres, ce sont les très pauvres eux-mêmes. Ce sont eux, les parents qui se battent pour que leurs enfants ne connaissent pas le sort qui leur a été réservé. Ce sont eux qui savent  ce que c’est que d’être à la rue ou sans amis, et qui ne peuvent le tolérer pour qui que ce soit, qui se mettent personnellement en quatre pour que cela n’arrive plus et qui ouvrent leur porte à l’étranger, leur porte, leur table, quand ils en ont une, et un lieu pour coucher. Ces engagements demandent d’être reconnus, d’être soutenus. Ils sont essentiels à la communauté, celle des très pauvres, mais aussi celle de tous les  hommes.

Le troisième millénaire sera-t-il celui qui permette aux très pauvres de manifester leur propre charité, cette charité envers ceux qui sont plus pauvres qu’eux, mais aussi cette charité, cette compassion, ce pardon qu’ils peuvent avoir envers ceux qui leur ont fait du mal sans le savoir ?

Un Volontariat permanent qui rejoint le refus de la misère des très pauvres

Joseph Wresinski savait d’expérience combien  les très pauvres sont isolés. Leur refus de la misère a besoin d’être rejoint par d’autres personnes d’horizons différents; non pas pour un temps court, au gré des bonnes volontés, mais de façon durable. Le Père Joseph a cherché par tous les moyens à faire en sorte que les gestes des très pauvres soient perçus d’abord, puis relayés, épaulés. Il a voulu leur offrir des amis, des disciples. Partout et en toutes circonstances, il a incité des personnes à se libérer pour rejoindre les efforts des plus pauvres :  libérer de leurs temps et de leurs moyens,  se libérer surtout de leurs priorités, de leurs analyses et des seules sensibilités apportées par leur milieu d’origine, pour rejoindre les plus pauvres et bâtir des projets et à partir d’eux.

Il n’est pas facile cependant, ni confortable, pour ceux qui ne connaissent pas la misère, de se libérer ainsi de tout ce qui  offre un peu de sécurité. Ils risquent  de ne pas durer, sauf peut-être s’ils peuvent s’appuyer sur des amitiés, sur une fraternité qui cherche avec eux, qui chemine et s’engage avec eux.

C’est le sens de ce Volontariat particulier que le Père Joseph a mis en route. Il s’agit d’une large fraternité qui permet à ses membres de se libérer et de s’engager durablement pour rendre possible l’expression de l’expérience et des priorités des plus pauvres et en faire des leviers de changements 

Ce Volontariat interpelle le prochain millénaire, parce qu’il n’est pas directement lié à une Eglise ou une religion, mais qu’il cherche à se lier d’abord à ceux qui sont victimes de la misère et de l’exclusion. Même si, pour les chrétiens, cet engagement s’enracine dans la conviction profonde que Dieu aime tous les hommes et que le Christ est venu rejoindre tous les hommes et, en premier, ceux qui étaient le plus exclus au risque, pour le Christ, de partager leur destin. Pour le chrétien, ce Volontariat s’enracine dans l’expérience que tout homme, et donc aussi le plus pauvre, est reflet de Dieu, est agent de Dieu et que donc il a un cœur capable de se donner, qu’il est chemin pour découvrir la mission que Dieu confie à tout homme.

Ce Volontariat particulier conduit l’homme à apprendre la charité en se mettant à l’école de ces grands maîtres que sont les plus pauvres.  Le troisième millénaire verra peut-être se créer de ces écoles où les très pauvres seront les maîtres, non seulement les maîtres à servir, mais les maîtres à penser: ; où leur sensibilité, leur expérience et leur engagement seront sources et créateurs de fraternité et de justice.